L’amiral de Tourville :

Pour des scouts marins, la figure de l’amiral de Tourville offre une personnalité particulièrement exemplaire. Un garçon de 14 ans qui s’enrôle sous la bannière de l’Ordre de Malte, ce n’est pas commun ! Et un garçon qui montre très vite sa bravoure face aux pirates barbaresques, cela confirme sa valeur.

Pour des scouts marins Normands, la figure d’Anne-Hilarion de Costentin, comte de Tourville, en est d’autant plus attachante. C’est un Normand ! Il est né en 1642, probablement au château de Tourville-sur-Sienne, non loin de Coutances.



Le jeune Tourville se taille une telle notoriété que cela lui vaut de rejoindre la marine royale à la fin de l’année 1666. On lui confie le commandement d’un vaisseau de ligne. Il n’a que 24 ans, l’âge de ton chef de troupe ! Il va parcourir la Méditerranée pour y protéger des Turcs le commerce français et participer à l’opération de Candie en 1669. Ensuite, il rejoindra la flotte du Ponant et l’escadre de l’amiral d’Estrées à l’annonce de la guerre avec la Hollande. Il va se comporter brillamment lors de la bataille de Solebay puis combattre en 1973 le fameux amiral Hollandais Ruyter avant de retourner au Levant. Du fait de ses succès, il est nommé Chef d’Escadre en 1675. Il a 33 ans.

Après deux passes d’armes l’année suivante contre Ruyter, il démontre ses capacités de chef de guerre devant Palerme. Son plan d’attaque permet la victoire de l’escadre commandée par l’autre fameux amiral Normand, Abraham du Quesne, sur une escadre hispano-hollandaise qui s’était réfugiée dans le port sicilien. Trois vaisseaux hollandais y sont détruits. Du coup, la carrière de Tourville s’accélère à partir de 1680. Le ministre de la marine, Colbert, qui lui accorde son amitié, le nomme lieutenant général deux ans plus tard puis vice-amiral en 1689, mais il est de fait amiral et le commandant de la marine française car d’Estrées ne prend plus la mer. En 1690, il épouse Louise-Françoise d’Hymbercourt, qui est la fille d’un riche fermier général et la veuve d’un cousin germain de Colbert.

Tourville n’est pas seulement un chef de guerre, il s’intéresse et participe de près à la gestion de la marine. Il intervient dans la construction et l’architecture navale, sur la logistique et la formation des marins et des officiers de marine. Il est consulté secrètement par Seignelay, autre ministre, successeur de Colbert, sur tous les aspects de la marine, y compris sur les promotions des officiers. Il n’aura de cesse de conseiller au ministre de promouvoir les gens de mer. Il participe également aux négociations en Méditerranée et y remporte de nombreux succès comme la prise de Gênes en 1685, bombardement de Tripoli en 1686.

Mais Tourville va écrire les plus belles pages de sa carrière dans la guerre contre la ligue d’Augsbourg. C’est ainsi qu’il s’empare en 1688, dans la Manche, de cinq vaisseaux hollandais. Le 10 juillet 1690 et les jours suivants, Tourville commande l’armée navale française qui disperse la flotte anglo-hollandaise au Cap de Pevensey (appelé Beveziers par les Français et Beachy Head par les Anglais). Cette bataille est la victoire la plus éclatante de l’histoire de la marine française sur les Anglais. Ayant fait subir de lourdes pertes aux coalisés, Tourville peut alors occuper la mer et protéger les côtes françaises.

Plus tard, dans le but de couvrir le débarquement des troupes du Roi Jacques II d’Angleterre, Louis XIV le charge à nouveau du commandement de la marine, en 1692, et lui impose d’affronter les anglo-hollandais à Barfleur à un contre deux, l’escadre du Levant commandée par d’Estrées n’ayant pu rejoindre à temps l’escadre du Ponant . Il fait malgré tout jeu égal avec la flotte coalisée et parvient au prix de combats acharnés et de manœuvres habiles à mettre l’ennemi en fuite et à ne perdre aucun bâtiment. Cependant, lors de leur retour vers Brest pour s’y mettre à l’abri, quinze vaisseaux avariés sont ralentis et de ce fait victimes de la renverse de la marée en plein raz Blanchard. Ils doivent se réfugier à Cherbourg pour trois d’entre eux parmi les plus touchés et à Saint-Vaast-la-Hougue pour les douze autres. Au cours de la bataille de la Hougue qui va suivre, Tourville ne peut empêcher la destruction de ces vaisseaux. Son vaisseau-amiral le magnifique Soleil Royal, sautera quant à lui à la pointe du Hommet, devant Cherbourg.

L’amiral de Tourville va venger la défaite de la Hougue en s’emparant du convoi de Smyrne. Il rafle ou détruit 80 navires marchands et inflige aux coalisés une perte de 30 millions de livres. Tourville se retrouve à la tête d’une armée navale de 93 vaisseaux et est fait alors Maréchal de France. Il participe cette même année à sa dernière campagne maritime, en Méditerranée. Il aura passé 35 ans en mer. Il meurt à Paris en mai 1701.



Anne-Hilarion de Tourville demeure le seul amiral français capable de soutenir la comparaison avec ses homologues Hollandais et Anglais.